Les questions sociales ne peuvent se résoudre qu’en entreprise

Des milliers d’accords ont été signés depuis deux ans pour améliorer la compétitivité. Il faut aider les salariés à s’adapter à la nouvelle donne de l’emploi.

Dans les dix prochaines années, des voitures autonomes circuleront en essaim dans nos villes. Nous les réserverons sur une plate-forme de services, comme la musique ou les VTC. Nous sommes au début d’une « grande transition », selon la prospectiviste Fabienne Goux-Baudiment. D’aucuns prédisent que 50 % des emplois d’aujourd’hui auront disparu dans les vingt prochaines années (alors que d’autres disent le contraire). Des millions d’emplois sont en profonde transformation dans tous les secteurs. De nouvelles formes émergent. On compte plus de 1,1 million d’autoentrepreneurs et plus de 50.000 personnes en portage salarial. Le CDI intérimaire progresse, 3.500 chez Adecco sur un total de 7.500. Un objectif de 20.000 a été fixé par la profession.

Les plates-formes « human cloud  » se développent à grande vitesse. Foule Factory, qui permet de réaliser des micro­tâches, compte 60.000 « fouleurs  » ­connectés. Et 54 % des moins de 35 ans aspirent à créer leur entreprise. Et pourtant, nous semblons douter de nos choix ! Le brouhaha autour de la loi El Khomri, les pneus qui brûlent devant des piquets de grève, les violences aux formes diverses qui jaillissent sur nos écrans ont significativement dégradé l’image d’un pays qui se transforme. Les dernières fusions (Nokia-Alcatel, GE-Alstom, Holcim-Lafarge, FMC-Technip) se traduisent par les départs des sièges sociaux hors de France.

Malgré cela, nos entreprises continuent de s’adapter grâce à la négociation sociale. Des milliers d’accords ont été signés ces vingt-quatre derniers mois pour préserver ou améliorer la compétitivité, notamment chez Michelin, Peugeot, Smart, Renault, Dim, Valeo, Bosch, DCNS, STX, Darty, Sephora, Galeries Lafayettes, Louis Vuitton, Orange. Plus aucun sujet n’échappe à une négociation en vue d’aboutir à un accord. La loi El Khomri sera un accélérateur de ce mouvement amorcé par la loi LSE de 2013.

Cinq dimensions me semblent essentielles pour se lancer dans l’action :

1. Ne plus perdre de temps pour commencer mais se donner du temps pour agir. Des estimations approximatives montrent qu’environ un tiers des actifs ont l’autonomie et les aptitudes pour être agiles dans ce monde chao­tique. Un deuxième tiers nécessite un accompagnement et des formations pour acquérir les aptitudes de base à une plus grande agilité. Il reste environ un tiers pour lequel le besoin de réapprendre exigera un accompagnement soutenu. Pour ceux-là, le temps est une forme de sécurité pour s’autoriser à agir.

2. Partager le diagnostic de départ et négocier un accord social sur les actions prioritaires. Une telle négociation est un grand moment de pédagogie, mais aussi une période d’inquiétude. Notre expérience montre que cette période doit aussi être celle d’une large communication interne, en utilisant tous les nouveaux modes d’animation.

3. Protéger les données individuelles. Les moyens d’accéder à un job ou à la formation passent par le numérique. Dans l’entreprise, les salariés doivent pouvoir protéger leurs données dans un « coffre-fort » virtuel dès lors qu’il est nécessaire de les faire réfléchir à leur évolution par des outils d’apprentissage ou d’évaluation.

4. Favoriser l’expérimentation. La vitesse des changements est parfois étourdissante. Les entreprises peuvent être bousculées par de nouveaux modèles économiques qui détruisent en ­quelques mois une activité que l’on croyait durable. Je fais l’hypothèse que nous ne pourrons y faire face qu’en augmentant rapidement l’autonomie et l’agilité de tous les salariés.

5. Anticiper et sécuriser les trajectoires professionnelles.Les Millennials sont nombreux à avoir changé ­plusieurs fois d’orientation professionnelle, d’activité et d’entreprise. Grâce au Smart Data, nous avons aujourd’hui les moyens d’identifier sur un territoire les jobs existants et ceux qui pourraient apparaître dans les prochains mois. Les questions sociales ne se résoudront que par la négociation au sein des entreprises pour améliorer la compétitivité.

Articles LesEchos.fr

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