Les influences réciproques entre l’Europe et les États-Unis en matière de prospective : une approche historique

 

Par Philippe Durance, professeur associé au Conservatoire national des Arts et Métiers (CNAM) Paris, département « Management, Prospective, Innovation ». Ce papier est la version française d’un article publié en novembre 2010 dans la revue Technological Forecasting and Social Change (Elsevier).

Il est commun d’admettre que l’émergence de la prospective après la Seconde Guerre mondiale dans les pays développés a connu deux foyers majeurs : la France et les États-Unis. En France, le développement de la prospective a effectivement constitué un moment important de l’histoire contemporaine. À partir d’une idée née vers la fin des années 50 dans la pensée d’un philosophe, Gaston Berger, un esprit s’est développé et une pratique s’est diffusée, à la fois dans l’administration centrale et dans les grandes entreprises françaises. L’objet de la présente contribution n’est pas de revendiquer une quelconque primauté française en matière de réflexion sur l’avenir, mais de montrer comment cette approche originale, alliant réflexion sur l’avenir et action présente, s’est forgée et les relations qu’elle a entretenue avec les pratiques en cours de l’autre côté de l’Atlantique, principalement aux États-Unis, par l’intermédiaire de quelques passeurs.

1.  L’idée française de prospective

La prospective est instituée au milieu des années 50 par le philosophe Gaston Berger, qui la formalise principalement sur la base d’une critique de la décision (Gaston Berger (1896-1960) est un philosophe français qui a été successivement chef d’entreprise, professeur de philosophie et haut fonctionnaire. Disciple du philosophe de l’action de Maurice Blondel, il a été un des principaux introducteurs d’Husserl en France. Berger a joué un rôle important dans les relations culturelles entre la France et les États-Unis. À la demande du ministère des Affaires étrangères, il fait des conférences dans de nombreuses universités américaines (Columbia, Princeton, Harvard, Buffalo, UCLA, etc.) où il présente notamment les grandes tendances de la philosophie française contemporaine. Au début des années 1950, il devient le secrétaire général de la commission franco- américaine d’échanges universitaires et culturels, dite « commission Fulbright ». Gaston Berger meurt dans un accident de voiture en novembre 1960. Il laisse derrière lui quatre enfants, dont l’aîné deviendra, quelques années plus tard, un chorégraphe internationalement connu sous le nom de Maurice Béjart.). À partir de 1955, Berger va forger son argumentation en faveur de la prise en considération formelle de l’avenir dans les décisions humaines. Pour cela, il trace les

contours d’une méthode nouvelle qui réconcilie savoir et pouvoir, finalités et moyens, en donnant à l’homme la possibilité de transformer sa vision de l’avenir en actions, ses rêves en projets. Après sa mort en 1960, sa pensée sera perpétuée par un groupe de militants qui, placés au cœur de la société économique et politique française, se chargeront d’en diffuser les grands principes et l’appliqueront à la préparation de quelques grands choix d’avenir.

  • L’idée d’une science de « l’homme à venir »

Les années 50 sont encore fortement marquées par les actes de barbarie commis durant la Seconde Guerre mondiale. Alors que les relations se mondialisent et se complexifient, la France entre dans une période de croissance inégalée. Les techniques bouleversent un grand nombre d’approches et, pour bon nombre d’intellectuels de l’époque, les découvertes faites par la science posent autant, voire plus, de problèmes qu’elles n’en résolvent. Sous ces multiples effets, l’accroissement de l’allure du temps est devenu un fait d’expérience, la loi normale de transformation du monde. Ainsi, « le devenir est en avance sur [les] idées » [1] (Les références bibliographiques renvoient aux textes originaux en français. Lorsqu’une version traduite en anglais existe, elle est spécifiée.). Les situations dans lesquelles l’homme se trouve sont donc sans cesse nouvelles. Les conséquences des décisions prises se produiront dans un monde totalement différent de celui dans lequel elles auront été préparées.

Pour Berger, dans ce contexte, les méthodes classiques ne suffisent plus : basées essentiellement sur l’expérience, i.e. le passé, elles ne permettent plus ni de gouverner, ni de diriger, ni d’administrer. Le philosophe ne met pourtant en cause ni le sens, ni la valeur de l’histoire, mais son utilisation dans la préparation des décisions. En fait, l’histoire et la prospective ont beaucoup en commun, et plus particulièrement de porter sur des faits potentiels : « le passé n’est plus, l’avenir n’est pas encore » [2]. Le passé doit servir à dégager des permanences, des tendances lourdes, utiles pour forger des hypothèses, ou des règles opératoires, efficaces pour l’action, mais non des modèles dont la simple application viendrait se substituer à l’analyse et la pensée explicite. Ces attitudes rétrospectives ne sont plus adaptées. Il n’est plus possible de vivre sur ses acquis. Anticiper à partir du passé, même à partir de sa forme la plus scientifique (l’extrapolation), revient à déterminer ce qui va se produire si le phénomène étudié reste figé, en dehors du temps.

La critique de Gaston Berger vise directement la décision publique. Lui-même alors haut fonctionnaire au ministère de l’Éducation nationale, il constate que les moyens à employer sont trop souvent recherchés avant les fins à atteindre. La réalité dicte cependant bien une hiérarchie inverse : déterminer les fins, puis les moyens correspondants. Berger constate que, dans la pratique, la distinction entre les fins et les moyens n’est pas simple à faire. Vouloir, pouvoir et savoir baignent dans une sorte de clair-obscur qui entrave la décision. En définitive, les fins se résignent la plupart du temps aux moyens dont dispose le décideur à un moment donné et qui ne représentent que la moins mauvaise des solutions. Ainsi, l’homme peut être amené à renoncer à une condition meilleure, jugée utopique, parce que les moyens nécessaires pour l’obtenir n’ont pas encore été découverts [3].

Pour le philosophe, une science de « l’homme à venir », une « anthropologie prospective », aurait donc pour fonction, en étudiant les différentes situations dans lesquelles l’homme pourrait se trouver dans l’avenir, de faire émerger les aspirations humaines. Cette « mission » serait confiée à des spécialistes de divers horizons capables d’indiquer la manière dont les choses ont tendance à évoluer. Il s’agirait de faire collaborer ceux qui déterminent le souhaitable avec ceux qui sont les mieux à même de déterminer les possibles. L’idée de dessiner à grands traits les mondes possibles doit permettre d’éclairer le jugement, de le former assez tôt pour que la décision soit efficace. Berger donne ainsi à la prospective, d’emblée, une finalité normative.

  • L’esprit prospectif

À partir de 1958, Gaston Berger va formaliser quelques grands principes de son approche. Cet effort alimentera, et s’alimentera lui-même, de travaux appliqués réalisés avec les membres du Centre international de prospective qu’il a créé en 1957. Partant du principe que la théorie est d’un moindre pouvoir que l’exemple, et considérant que la formalisation d’une méthode est le fruit d’un effort réflexif sur des pratiques, Berger et les fondateurs du Centre n’auront de cesse de susciter et de réaliser des études sur des sujets concrets : conséquences des grandes techniques nouvelles (utilisation de l’énergie atomique à des fins pacifiques, cybernétique, astronomie, aéronautique, etc.), les rapports de l’Occident avec le reste du monde, les relations progrès-société, etc.. Des déplacements sont entrepris à l’étranger pour participer aux congrès jugés importants et proposer des éléments de réflexion qui vont dans le sens de cette nouvelle posture qu’est l’attitude prospective. Ces travaux mobilisent de nombreuses personnes d’horizons multiples : chercheurs, universitaires, hauts fonctionnaires, cadres dirigeants de grandes entreprises. Des équipes se constituent, rassemblant des spécialistes complémentaires autour d’un même sujet d’étude.

La posture prônée alors par Berger [1] vis-à-vis de l’avenir repose sur six vertus fondamentales. La première de ces qualités est le calme, nécessaire à la prise de recul qui permet de conserver la maîtrise de soi. L’imagination, complément utile de la raison, ouvre la voie de l’innovation et confère, à celui qui sait en faire preuve, un regard différent, original, sur le monde. L’esprit d’équipe est indispensable pour une action efficace, tout comme l’enthousiasme, qui pousse à cette même action et rend l’homme capable de créer. Le courage est essentiel pour sortir des chemins déjà tracés, innover, entreprendre et en accepter les risques inhérents. Enfin, le sens de l’humain est la vertu primordiale ; pour avoir conscience de son devenir, une société doit mettre en avant l’homme. Pour cela, la culture doit jouer un rôle majeur : elle permet d’appréhender la pensée de l’autre ; elle donne la possibilité de comprendre avant de juger ; elle montre, à travers ses différentes formes, comment l’homme peut prendre son destin en main.

Au-delà des qualités requises pour affronter ce monde nouveau qu’est l’avenir, Berger développe les bases d’une attitude prospective qui rend possible sa prise en compte dans sa nature originale, en ouvre toutes les possibilités et permet de préparer l’action.

À une époque où les causes engendrent leurs effets à une vitesse croissante, il n’est plus possible de s’arrêter aux effets immédiats des actions en cours. La prospective a donc pour objet l’étude de l’avenir lointain. Cet horizon éloigné n’est pas un obstacle, bien au contraire ; ne cherchant pas à prédire, ne s’intéressant pas aux évènements, mais aux situations, elle n’a pas à dater ses résultats et peut atteindre ainsi un degré de certitude élevé. Il est en effet plus aisé d’indiquer une tendance générale que la date et l’intensité d’un évènement donné. La prospective ne s’oppose pas pour autant à la prévision à court terme, qui reste indispensable : les deux approches se complètent. De même, cerner les situations éloignées dans le temps nécessite de dépasser les approches trop spécialisées et de faire se rencontrer des hommes compétents pour que naisse, de la confrontation de leurs vues personnelles, une vision commune faite de complémentarités. Enfin, la prospective doit refuser l’utilisation des procédés d’analyse basés sur l’habitude et la routine pour se livrer à une analyse en profondeur qui identifiera les facteurs véritablement déterminants et permettra ainsi de comprendre le comportement et les motivations des hommes. Ces principes  voir loin, voir large et analyser en profondeur  font de la prospective une activité de synthèse et lui donne les moyens d’être globale, car l’interdépendance constitue le plus contraignant des faits que la prospective doit intégrer. Il s’agit d’envisager les conséquences des actes et de voir comment celles-ci se relient avec ce qui se passe dans tous les autres domaines, car les vérités fragmentaires sont parfois aussi nocives que les erreurs [2].

Berger ajoute deux autres dimensions nécessaires à l’attitude prospective. La première est la prise de risque ; pour le philosophe, celle-ci constitue un enjeu majeur. D’abord, elle est rendue possible parce que, contrairement à la prévision à court terme qui conduit à des décisions immédiates qui engagent de manière irréversible  obligeant ainsi à la plus grande prudence, l’horizon éloigné de la prospective autorise l’audace ; il sera toujours possible, par la suite, de modifier les actions envisagées pour les adapter aux nouvelles circonstances. La prise de risque est également une attitude nécessaire ; dans un monde de plus en plus difficilement prévisible, il faut innover : or, provoquer le changement comporte une part importante de risque. La seconde dimension concerne la finalité de la prospective qui permet de dégager, non seulement ce qui peut arriver, mais ce que les hommes voudraient qu’il arrive. Elle ouvre ainsi la voie à une véritable construction de l’avenir. Pour Gaston Berger, même si cela était possible, il ne servirait à rien de prévoir ce qui se passerait de toute manière ; l’important est de prévoir ce qui se passerait si l’homme ne faisait rien pour changer le cours des choses. Ainsi, la prospective libère l’homme de la fatalité [2] et provoque l’action. Berger nous invite ainsi à considérer qu’en toutes circonstances l’homme est la finalité et que les finalités sont au cœur des actions humaines.

  • De l’esprit à la méthode prospective

Entre 1959 et 1960, les principales caractéristiques de l’attitude prospective énoncées et les premières études prospectives entreprises, Gaston Berger sera secondé dans sa réflexion par certains membres du Centre international de prospective, et plus particulièrement par Pierre Massé (Pierre Massé (1898-1987), ancien élève de l’École Polytechnique et ingénieur des Ponts et Chaussées, a débuté sa carrière dans l’industrie électrique. Directeur de la construction d’usines hydro-électriques, directeur de l’équipement électrique en 1946, puis directeur des études économiques d’Électricité de France (EDF) en 1948, il a par la suite occupé les fonctions de Commissaire général du Plan de 1959 à 1966.), alors commissaire au Plan (Le Commissariat général au Plan, créé par le Général de Gaulle en 1946, est l’organe de planification de l’État français. Il a été supprimé en octobre 2005.). Ensemble, ils vont s’attacher à préciser certaines modalités d’action de la prospective sur le réel en fixant un ensemble de règles pragmatiques.

Puisque l’avenir appartient au domaine de la volonté, la prospective doit avoir pour objectif de rendre l’action efficace. Il ne s’agit pas de construire une théorie de l’action, mais plutôt une science de la pratique qui, bien plus qu’une simple application des méthodes scientifiques aux problèmes humains, devra constituer un véritable changement de perspective ; l’objet n’est pas d’observer l’avenir à partir du présent, mais au contraire, d’observer le présent à partir de l’avenir. Ce retournement nécessite de faire le choix d’un avenir parmi les innombrables possibilités offertes et met donc en avant, une nouvelle fois, le problème de la finalité de l’action. La réflexion sur les fins n’est pas séparable d’une connaissance exacte des moyens possibles. La prospective permet une confrontation permanente entre les fins, les moyens et la réalité des situations présentes [2]. La nécessité d’une articulation entre l’exploratoire et le normatif est ainsi explicitement posée.

Que faire concrètement ? Pour servir l’homme d’action et être efficace, la prospective doit dégager le sens général et profond des faits observés, élaborer des plans et des programmes, émettre des recommandations immédiatement applicables, montrer des idées en action, fixer des objectifs possibles qu’il faudra atteindre. Elle doit également permettre de combattre les idées fausses, les « idées reçues » [4], et d’éviter la perte de temps passé sur de faux problèmes ou des questions dépassés, invitant   ainsi

« à remettre sans cesse en question les règles [des] actions [entreprises] et les objectifs [des] institutions » [5]. Pour tout cela, la raison ne suffit pas ; il lui faut l’aide de l’imagination, « cette disponibilité de l’esprit, qui refuse de se laisser enfermer dans des cadres, qui considère que rien n’est jamais atteint, et que tout peut toujours être remis en question » [4] [6].

Toute organisation se trouve face à un environnement dont les comportements sont aléatoires. A chaque stratégie qu’elle peut mettre en œuvre correspond un certain nombre d’avenirs possibles. La prospective a pour rôle de déterminer ces avenirs possibles et d’en évaluer les aspects qualitatifs ou quantitatifs respectifs. Dans le cas où les avenirs les plus vraisemblables comportent des éléments défavorables, le rôle de la prospective est alors de rechercher des stratégies actives qui les éliminent ou les réduisent [6].

L’exercice de la prospective comporte une difficulté majeure dans son approche de l’avenir ; plusieurs temps « se côtoient sans se confondre » [6]. Mais, bien que les rythmes soient différents, ils sont vécus simultanément par les hommes, qui vivent ensemble et doivent faire face au même avenir. L’interdépendance d’activités aux temporalités différentes nécessite de choisir une mesure commune : un horizon donné. La définition de ce cadre répond à un autre besoin. Les problèmes abordés par les processus d’élaboration stratégique n’ont pas de limite vers l’avenir. Pour les mener à bien, pour les rendre « opérationnels », la détermination d’un horizon est essentielle. Celui-ci doit déborder largement la période du problème traité, le terme, de manière à atténuer l’influence de l’arbitraire, propre à l’éloignement de l’horizon, sur la stratégie de la période et, a fortiori, sur la décision présente.

Enfin, l’essence même de la prospective repose sur la capacité de discerner, derrière le « visible », les facteurs qui conditionnent réellement le changement. Il faut surtout éviter de s’arrêter à l’hypothèse de stabilité qui n’est souvent qu’« un aveu d’ignorance ou de faiblesse, un recul devant l’analyse en profondeur ou la responsabilité du choix » [6]. De ce fait, il est essentiel de s’interroger sur la validité de la permanence, dont le postulat peut souvent être contredit de plusieurs manières : par la contradiction des conséquences, par l’inversion de l’influence des facteurs sur le long terme, par les vertus de l’adversité et les risques de la facilité et, surtout, par la volonté de changement de l’homme. Encore ne suffit-il pas de simplement supposer de tels renversements : pour être pragmatique, il est primordial d’en prédéterminer l’époque et l’importance.  Pour ce faire, une observation attentive doit permettre de corroborer l’intuition et le raisonnement par des faits porteurs d’avenir qui, bien qu’infimes par leurs dimensions présentes, sont immenses par leurs conséquences potentielles.

2.  Quelques influences réciproques

De 1955 à 1960, Gaston Berger et les membres du Centre international de prospective, ont ainsi jeté les bases conceptuelles d’une méthode qui, près de cinquante ans plus tard, s’est généralisée dans les organisations. Cette méthode, bien qu’elle ne soit pas encore formelle, i.e. accompagnée de techniques précises, a fait apparaître la nécessité de séparer l’exploratoire du normatif, l’importante des signaux faibles, le rôle de l’imagination ou, encore, la difficulté de la prise en compte des différentes temporalités propres aux dynamiques des objets étudiés (Contrairement à ce qui a pu être avancé [29], Gaston Berger et les membres du Centre international de prospective n’ont jamais développé une méthode des scénarios dédiée à la planification à long terme ; leurs travaux ont été précurseurs d’une méthode des scénarios qui a été formalisée près de dix ans plus tard pour la planification et l’aménagement du territoire par les équipes de la Datar.). La mort accidentelle du philosophe en 1960 va empêcher la concrétisation d’un projet d’enseignement de la prospective qu’il poursuivait depuis quelque temps et pour lequel l’historien Fernand Braudel lui avait ouvert les portes de l’École pratique des hautes études (EPHE), un prestigieux établissement d’enseignement supérieur français. Mais, suffisamment de militants de l’avenir étaient engagés autour de Berger pour que la pratique de la prospective se poursuive.

  • Jérôme Monod et l’aménagement du territoire

En 1962, Pierre Massé organise au sein du Plan une importante réflexion sur l’avenir de la France à l’horizon 1985, en préparation du Vème Plan (1966-1970) chargé de permettre de mener de front essor industriel rapide et progrès social. Ce travail conclura notamment à la nécessité de créer des cellules de prospective dans   l’ensemble

des administrations, des institutions, des organisations professionnelles, économiques, sociales, syndicales, de telle façon que la société fasse, avec l’apprentissage de la prospective, l’apprentissage de la mobilité et du changement. À la suite de cette recommandation, la prospective s’ancre dans l’administration française.

Lorsque le Gouvernement français crée en 1963 la Datar, un organisme en charge de l’aménagement du territoire, la prospective y dispose d’une place prépondérante. Sous l’action de Jérôme Monod (Après un passage au cabinet du Premier ministre de 1959 à 1962, Jérôme Monod est devenu conseiller technique, puis directeur adjoint du cabinet du ministre de l’Aménagement du territoire. En 1963, il est nommé adjoint au délégué de la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (Datar), puis délégué de 1969 à 1975. Plus tard, il sera nommé président du groupe Suez.  Jérôme Monod deviendra par la suite le conseiller du président de la République française, Jacques Chirac.), elle va s’enrichir en termes méthodologiques et prendre une dimension systématique dans ce domaine particulier de l’action publique.

En 1968, la Datar organise le premier colloque de prospective sur l’aménagement du territoire. Cette rencontre a pour originalité d’imposer, comme référence commune à toutes les réflexions prospectives, les territoires et leur organisation à l’horizon 2020. Il marque ainsi la première confrontation réelle en France entre la prospective et l’aménagement du territoire. Les organisateurs donnent à cet événement une portée internationale. De nombreux participants viennent de l’étranger, et particulièrement des États-Unis (Participent des représentants de Norvège, du Danemark, du Royaume-Uni, de Belgique, de République fédérale d’Allemagne, de Pologne, de Tchécoslovaquie, de Suisse, d’Italie, d’Espagne, du Portugal, d’URSS ou encore d’Israël. Pour les États-Unis, on notera notamment la présence de Charles Adams (université de Columbia), John William Dyckman (université de Berkeley), Edward J. Logue (université de Boston), Philip Raup (université de Minnesota), Lloyd Rodwin (MIT), Donald Schon (Organization for Social and Technological Innovation, Cambridge), William Seifert (MIT). En 1975, John W. Dyckman sera amené à travailler pour la région Île-de-France.). Certaines parties des actes du colloque sont par ailleurs traduites en anglais. Les organisateurs commanditent la réalisation d’un rapport introductif, publié avec les actes, dans le but de fournir notamment une série de repères méthodologiques pour la réflexion prospective [7]. Ce rapport se base sur les travaux d’Erich Jantsch [8] pour présenter un panel d’outils utilisés en matière de prévision. Les techniques principalement mises en avant sont le Delphi, élaboré à la RAND Corporation par Olaf Helmer, et la rédaction de scénarios, utilisée par Herman Kahn, également à la   RAND

Corporation, puis au Hudson Institute, ainsi que par des compagnies pétrolières européennes et américaines (Bien que celle-ci ne soit pas citée, on pense évidemment à la Shell, compagnie pétrolière au sein de laquelle Pierre Wack a développé sa méthode des scénarios. L’arrivée de Wack à la Shell fait suite à une prise de conscience de l’entreprise à la fin des années 60 de la nécessité de considérer l’avenir autrement. Il s’en est suivi une rencontre entre les planificateurs de l’entreprise (particulièrement Ted Newland) et Herman Kahn, la création d’une cellule d’études sur le futur et le recrutement du français Pierre Wack en 1971. Ce dernier reprendra les principes de rédaction de scénario établis par Kahn et les adaptera à la Shell.). La technique des scénarios utilisée par Herman Kahn a par ailleurs fait l’objet d’une présentation de ses grands principes dans un ouvrage publié en France en 1968, juste après sa sortie aux États-Unis quelques mois plus tôt [9] et Herman Kahn est venu en personne présenter ses travaux à Paris en 1967.

À la suite de ce colloque, Jérôme Monod va mettre en place un programme ambitieux et insuffler de nouvelles directions à la pratique de la prospective en l’ouvrant à la fois aux sciences sociales et à la coopération internationale. Il fait de nombreux déplacements à l’étranger, notamment aux États-Unis. Ces voyages sont l’occasion de visiter quelques hauts lieux de la prospective nord-américaine, de rencontrer divers personnages tels que Daniel Bell, Hermann Kahn ou encore Hasan Ozbekhan [10] et fournissent ainsi une bonne idée des pratiques publiques de prospective à l’étranger. Des textes de Bell et d’Ozbekhan sont publiés dans la revue de la Datar. Toujours à la recherche de méthodes nouvelles, Jérôme Monod confie en 1970 au Hudson Institute une étude prospective réalisée à partir de survols de la France [11] qui provoquera une véritable polémique.

Un important travail méthodologique sur l’élaboration de scénarios va également être initié. Les premiers scénarios d’aménagement du territoire sont élaborés durant l’année 1968. Trois scénarios exploratoires contrastés de la France à l’horizon 2000 sont élaborés, définissant chacun une orientation possible de développement (« Une France à cent millions d’habitants », « Une agriculture sans terre » et « Une France côtière ») ; il en résulte, dans chaque cas, une image d’une société dans un espace géographique et dans un avenir donnés et des chemins liant l’état actuel de la société à celui décrit par l’image [12]. Ces scénarios sont conçus par trois groupes de travail distincts utilisant deux démarches complémentaires : la première, exploratoire, consistant à passer du présent au futur par le biais de facteurs dynamiques ; la seconde, à rebours, partant de   l’avenir, remontant jusqu’au présent en induisant les facteurs d’évolution. Ces trois scénarios d’aménagement vont ensuite servir à l’élaboration d’un scénario tendanciel du schéma prospectif de la France à l’horizon 2000, plus connu sous le nom de « scénario de l’inacceptable ». La méthode est dorénavant bien définie. La construction de scénario s’articule autour de trois éléments : la base, un « état descriptif de la situation initiale du système considéré, de ses lois, et de ses tendances d’évolution, y compris celles qui sont seulement présentes en ‘germe’ » ; un cheminement « qui retrace l’évolution d’ensemble du système » et qui peut comporter des points de blocage ou des « carrefours à partir desquels s’offrent plusieurs possibilités différentes » ; une image terminale, « résultat de cette évolution » [13]. Conduite à une échelle nationale, cette étude a fait naitre spontanément chez certains acteurs locaux le souhait de travaux similaires à des échelles géographiques plus fines, ouvrant ainsi la voie à des pratiques prospectives dans les territoires. En 1972, cette expérience est présentée à la communauté internationale dans un article publié par la revue Futures [14].

En 1975, la Datar demande au Groupe de recherches sur le futur de l’université du Québec de réaliser une étude destinée à analyser « la méthode des scénarios à la lumière de la théorie de la prospective et à l’aide de ses diverses applications passées et actuelles » [15]. Cette recherche théorique bénéficie des apports d’Hasan Ozbekhan, alors conseiller scientifique du Groupe. L’équipe canadienne axe son étude sur les trois conceptions qui ont joué pour elle « un rôle moteur dans le développement de cette méthode » et « représentent trois écoles de pensée assez différentes » : celles d’Hermann Kahn, d’Hasan Ozbekhan et de la Datar. Elle fait notamment ressortir que la Datar a « considérablement contribué au progrès de la méthodologie des scénarios » et suggère quelques pistes d’amélioration. Parmi elles, l’utilisation de l’analyse morphologique proposée par Fritz Zwicky en 1962 [16], les matrices d’impacts croisés développées par Theodore J. Gordon et Olaf Helmer au tout début des années 1970, ou, encore, l’analyse systémique.

  • André F. Cournand et la pensée de Gaston Berger

Au début des années 1970, un franco-américain, André F. Cournand, prix Nobel de médecine et professeur à Columbia, et Maurice Lévy, professeur à la Sorbonne et proche de Gaston Berger, décident de publier aux États-Unis une traduction des principaux travaux du philosophe et du Centre international de prospective sous le   titre

« Shaping the Future » [17]. Cette édition mobilise plusieurs traducteurs de Yale et de Columbia. Elle est réalisée avec le soutien d’Oskar Morgenstern, alors professeur à l’université de New York, qui en réalise la préface, et de Robert K. Merton de Columbia (À la lecture de ces textes, Robert K. Merton trouvera une ressemblance entre la prospective et son concept de « self-fulfilling prophecy » qu’il a développé pour décrire certains aspects des comportements sociaux.). Elle est dédiée à la mémoire d’Adolf A. Berle, ancien ministre des Affaires étrangères de Franklin D. Roosevelt et grand admirateur de Berger et de sa philosophie.

En introduction de cet ouvrage, Cournand et Lévy constatent que l’attitude vis-à-vis de l’avenir a considérablement évolué en France entre 1955 et 1970 et que la prospective a fortement conditionné les activités économiques, scientifiques, sociales et culturelles grâce à son articulation avec la planification. Malgré cela, ils notent que cette approche, tout comme l’homme qui en est à l’origine, est quasiment méconnue aux États-Unis, alors que la prospective leur semble répondre à des préoccupations communes. Cournant et Lévy sont persuadés qu’elle peut apporter aux Américains deux éléments fondamentaux : une réflexion philosophique, ainsi que des moyens opérationnels pour développer une vision large et positive de l’avenir, prendre des décisions et agir.

Ce n’est pas la première fois que Cournand s’emploie à faire connaître la pensée de Berger aux États-Unis. Dans son autobiographie, il écrit : « Persuaded of the need to introduce prospective thinking and methods into this country, particularly as they relate to conceptualization and planning of education, I became a missionary on its behalf in the United States » [18]. Cournand a en effet été très marqué par Gaston Berger lors de sa fréquentation du Centre international de prospective à partir de 1958 et de sa participation à quelques-uns de ses travaux à l’occasion de ses visites en France (Par la suite, Cournand aidera à la constitution d’un lieu de réflexions similaire à Montréal (Québec).). En 1963, un colloque de prospective, présidé par Robert J. Oppenheimer, se tient à l’Institute for Advanced Studies de Princeton ; il est soutenu financièrement par le Twentieth Century Fund. Ce colloque s’est tenu suite à des discussions entre Édouard Morot-Sir, alors attaché culturel à l’Ambassade de France et proche de Gaston Berger, Cournand et Adolf Berle, alors président du Twentieth Century Fund. L’objectif du colloque est d’introduire la pensée de Berger aux États-Unis en rassemblant les membres du Centre international de prospective (Pierre Massé notamment est présent), certains dirigeants américains et des responsables de la planification.

À Columbia, Cournand participe aux activités de l’Institute for the Study of Science in Human Affairs où il va appliquer la prospective à la problématique de la formation médicale. Ces travaux feront l’objet d’un article, publié dans la revue Futures en 1971 dans lequel il présentera la philosophie et les méthodes de la prospective de Berger [19]. L’année suivante, à l’occasion de la sortie de « Shaping the Future », Futures publiera un article de Pierre Massé détaillant les éléments de l’attitude prospective définis par le philosophe en 1958 [20].

  • Bertrand de Jouvenel et l’art de la conjecture

Bertrand de Jouvenel s’est intéressé formellement à l’avenir aux débuts des années 60, dans le domaine bien particulier de la politique. Un « comité Futuribles » est créé en 1961, rassemblant quelques spécialistes grâce au soutien de la fondation Ford, avec pour objectif de réfléchir à l’avenir des structures institutionnelles en Europe au cours des dix années à venir. En 1963, parmi les quelques membres du comité apparaissent Eugene V. Rostow (université de Yale), Edward Shils (université de Chicago) et Waldemar A. Nielsen (African-American Institute, New York). En 1965, Daniel Bell rejoint le comité en tant que conseiller.

Pour Jouvenel, l’idée est bien d’établir un « art de la conjecture politique » et non pas une méthode de prévision, « car le mot ‘prévision’ signifie que l’on voit à l’avance ce qui sera, comme si cela était déjà : manière de parler qui implique une préformation de l’avenir, d’autant plus douteuse qu’il s’agit d’un domaine où la volonté humaine a plus d’efficace » [21]. Étonnamment, Jouvenel évite soigneusement d’utiliser le mot « prospective » ; il préfère parler de « conjecture » (Michel Godet rappelle souvent avoir demandé un jour à Bertrand de Jouvenel pourquoi il n’utilisait  pas le mot « prospective » mais celui de conjecture. La réponse de Jouvenel a été : « Ce n’est pas la peine. C’est la même chose ».) et utilise le terme de « futuribles », qu’il emprunte au théologien espagnol Molina, pour désigner « les différents avenirs possibles selon les différentes manières d’agir » [22]. Lorsqu’il écrit son ouvrage de référence, « L’art de la conjecture », publié en France en 1964, l’objet s’est élargi : il s’agit alors de « susciter ou stimuler des efforts de prévision sociale et surtout politique », convaincu « que les sciences sociales doivent s’orienter vers l’avenir […] comme Gaston Berger l’a si efficacement plaidé en France ».

Les études produites dans le cadre du comité Futuribles font l’objet d’une publication au sein du bulletin de conjoncture économique du patronat français. En 1963, puis en 1965, une édition en langue anglaise reprenant les principaux textes est publiée. Toujours dans le cadre du comité, Jouvenel organise régulièrement des conférences internationales sur les méthodes d’anticipation. En 1964, la troisième d’entre elles se tient à Yale et rassemble de nombreux universitaires américains et européens, parmi lesquels Daniel Bell.

En 1967, suite à l’arrêt du financement du comité par la fondation Ford, se crée l’association Futuribles international, avec l’appui des pouvoirs publics, et plus particulièrement de la Datar. Pierre Massé en devient le premier président. La même année, Bertrand de Jouvenel et Jérôme Monod entrent au conseil d’administration du Centre international de prospective. C’est principalement par l’intermédiaire de Jouvenel que la Datar s’ouvrira à l’international et que Jérôme Monod et son équipe vont pouvoir côtoyer bon nombre de figures éminentes de la prospective américaine [10]. À la même époque, Jouvenel participe à l’organisation de la première conférence internationale de recherche sur le futur qui se tient en Norvège et qui préfigure la naissance, en 1973, de la World Futures Studies Federation. Parmi les fondateurs, outre Bertrand de Jouvenel, qui en prendra la première présidence, de nombreux Français. En 1972, l’assemblée générale du Centre international de prospective décide de dissoudre l’association et d’apporter ses biens à l’association Futuribles.

  • Pierre Wack et la méthode des scénarios

Pierre Wack constitue une importante référence dans le monde anglo-saxon en matière de scénarios. Ses deux articles publiés dans la Harvard Business Review [23]

  • sont fréquemment cités, notamment par ceux qui s’intéressent à l’utilisation des scénarios comme moyen de prise en compte des évolutions possibles de l’environnement d’une organisation et de leur impact sur les représentations que s’en font les dirigeants, et donc sur la stratégie. La méthode présentée a été élaborée sur plusieurs années par Pierre Wack et son équipe au sein de la compagnie pétrolière Royal Deutsch Shell au début des années

Au milieu des années 60, la Shell élabore un système, Unified Planning Machinery (UPM), destiné à fournir une planification détaillée pour l’ensemble des activités du groupe. L’horizon de ce système était de six ans, ce qui fut rapidement considéré comme trop court, compte tenu de l’horizon de projets dans le secteur pétrolier. L’entreprise décide donc d’entreprendre, à titre expérimental, une exploration à l’horizon de l’an 2000. Cette décision est prise à une époque où le premier livre d’Herman Kahn décrivant succinctement sa méthode pour élaborer des scénarios, et qui s’attache également à l’an 2000, est publié [9]. Pour poursuivre cette expérimentation, la Shell demande ensuite à plusieurs filiales de participer à un exercice à l’horizon de quinze ans. Wack travaille alors dans la filiale française du groupe et les études de Kahn ne lui sont pas inconnues : « we were familiar with the late Herman Kahn’s scenario approach and were intrigued by its possibilities for coroporate planning » [23]. Les résultats de cette seconde expérimentation finissent de jeter définitivement le doute sur l’intérêt du système UPM, considéré comme trop « mécaniste ». En 1971, « Shell […] decided to try scenario planning as a potentially better Framework for thinking about  the future thant forecasts – which were […] perceived as a dangerous substitute for real thinking in times of uncertainty and potential discontinuity » [23]. Quatre scénarios exploratoires sont alors élaborés à partir de la méthode proposée par Herman Kahn, définissant autant d’images possibles du monde en 1976, dont une « sans surprise » [25].

À partir de sa longue pratique en entreprise, Wack va mettre en évidence deux intérêts essentiels des scénarios pour les organisations. Le premier intérêt est également une condition nécessaire de leur pertinence : l’identification des éléments prédéterminés (« those events that have already occurred (or that almost certainly will occur) but  whose consequences have not yet unfolded » [23]) et des incertitudes majeures. Le second intérêt réside dans l’impact des scénarios sur l’organisation, et plus particulièrement les managers en leur permettant de changer le regard qu’ils portent sur le monde qui les entoure : « in a turbulent business environment, […] highly relevant information goes unnoticed because, being locked into one way of looking, managers fail to see its significance » ; « scenarios give managers something very precious : the ability to reperceive reality ». Pour Wack, cet aspect est fondamental, car « the reperception of reality and the discovery of strategic openings that follow the breaking of the manager’s assumptions are […] the essence of entrepreneurship. Scenario planning aims to rediscover the original entrepreneurial power of foresight in contexts of change, complexity, and uncertainty » [24]. Pour faire face à cet environnement turbulent, Wack convoque l’utilisation d’un outil spécifique, le « macroscope », « not to see bigger, larger or more distant, but to look at things that are too large, too complex to observe with normal tools » [26] ; « the macroscope is the tool that makes you see what is bound to happen once it has been set in motion, due to systemic relationships » [27].

Bien que cela ne soit pas explicite, Wack se réfère à un outil développé au début des années 70 par le français Joël de Rosnay qui souhaitait alors contribuer à une nouvelle approche pour appréhender la complexité : « Microscope, telescope: these words evoke the great scientific penetrations of the infinitely small and the infinitely great […] Today we are confronted with another infinite: the infinitely complex […] We need, then, a new instrument […] I shall call this instrument the macroscope […] It is not used to make things larger or smaller but to observe what is at once too great, too slow, and too complex for our eyes » [28].

À partir d’une réflexion originale initiée dans les années 50 par le philosophe Gaston Berger, la pratique française de prospective s’est enrichie de plusieurs influences américaines, encore perceptibles aujourd’hui.  A contrario, malgré de nombreux ponts et plusieurs tentatives, l’influence de la prospective française aux États- Unis semble avoir été assez mineure, ce qui n’a pas été le cas pour d’autres parties du monde, notamment en Amérique du Sud. Cette influence limitée peut notamment s’expliquer par la création aux États-Unis, immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, de think tanks civils ou militaires pour lesquels l’anticipation a constitué une part importante de leur travail (RAND Corporation, Stanford Research Institute) et qui ont donc été amenés à formaliser très tôt des approches spécifiques. Les influences entre la France et les États-Unis ont donc suivi des voies multiples. Seules quelques-unes ont été empruntées ici. Il en reste certainement bien d’autres, enfouies dans les replis des mémoires. Mais, l’histoire n’est jamais définitivement écrite. Comme l’avenir, elle reste en bonne partie à construire.

Références

  1. Gaston Berger, « L’accélération de l’histoire et ses conséquences », 1957, in Gaston Berger, Jacques de Bourbon-Busset, Pierre Massé, De la Prospective. Textes fondamentaux de la prospective française, Paris : L’Harmattan, 2007 (textes réunis et présentés par Philippe Durance)
  2. Gaston Berger, « L’attitude prospective », 1959, in Gaston Berger, Jacques de Bourbon-Busset, Pierre Massé, De la Prospective. Textes fondamentaux de la prospective française, Paris : L’Harmattan, 2007 (textes réunis et présentés par Philippe Durance) ; trad. « The prospective attitude », in André Cournand, Maurice Lévy (eds), Shaping the Future. Gaston Berger and the Concept of Prospective, New York : Gordon and Breach, 1972
  3. Berger (Gaston), « Le problème des choix : facteurs politiques et facteurs techniques », 1958, in Gaston Berger, Jacques de Bourbon-Busset, Pierre Massé, De la Prospective. Textes fondamentaux de la prospective française, Paris : L’Harmattan, 2007 (textes réunis et présentés par Philippe Durance)
  4. Jacques de Bourbon-Busset, « Au rond-point de l’avenir », 1959, in Gaston Berger, Jacques de Bourbon-Busset, Pierre Massé, De la Prospective. Textes fondamentaux de la prospective française, Paris : L’Harmattan, 2007 (textes réunis et présentés par Philippe Durance)
  5. Gaston Berger, « L’idée d’avenir », 1960, in Gaston Berger, Jacques de Bourbon-Busset, Pierre Massé, De la Prospective. Textes fondamentaux de la prospective française, Paris : L’Harmattan, 2007 (textes réunis et présentés par Philippe Durance)
  6. Pierre Massé, « Prévision et prospective », 1959, in Gaston Berger, Jacques de Bourbon-Busset, Pierre Massé, De la Prospective. Textes fondamentaux de la prospective française, Paris : L’Harmattan, 2007 (textes réunis et présentés par Philippe Durance) ; trad. « Forescasting and Prospective », in André Cournand, Maurice Lévy (eds), Shaping the Gaston Berger and the Concept of Prospective, New York : Gordon and Breach, 1972
  7. Collège des techniques avancées et de l’aménagement du territoire, 1er colloque international sur l’aménagement du territoire et les techniques avancées, Datar, collection « Travaux et Recherches de Prospective », Paris : La Documentation française, 1968
  8. Erich Jantsch, Technological Forecasting in Perspective, A framework for technological forecasting, its techniques and organization, OECD, 1967
  9. Herman Kahn, Anthony J. Wiener, The Year 2000: A Framework for Speculation on the Next Thirty-Three Years, Macmillan, 1967 ; L’an 2000, R. Laffont, 1968
  10. Philippe Durance, Stéphane Cordobes, Attitudes prospectives. Éléments d’une histoire de la prospective en France après 1945, Paris : L’Harmattan, collection « Prospective », 2007
  11. Hudson Institute, Survols de la France, Datar, collection “Travaux et Recherches de Prospective”, Paris : La Documentation française, 1972
  12. Jean-Claude Bluet, Josée Zémor et al., Scénarios d’aménagement du territoire. Essais méthodologiques, Datar, collection « Travaux et Recherches de Prospective », Paris : La Documentation française, 1971
  13. OTAM, Une image de la France en l’an 2000. Scénario de l’inacceptable, Datar, collection « Travaux et Recherches de Prospective », Paris : La Documentation française, 1971
  14. Jacques Durand, « A New Method for Constructing Scenarios », Futures, vol. 4, issue 4, 1972
  15. Pierre-André Julien, Pierre Lamonde, Daniel Latouche, La méthode des scénarios : une réflexion sur la démarche et la théorie de la prospective, Datar, collection « Travaux et Recherches de Prospective », Paris : La Documentation française, 1975
  16. Fritz Zwicky, Morphology of propulsive power, Society for Morphological Research, California Institute of Technology, 1962 ; Discovery, invention, research through the morphological approach, Macmillan,
  17. André Cournand, Maurice Lévy (eds), Shaping the Future. Gaston Berger and the Concept of Prospective, New York : Gordon and Breach, 1972
  18. André Cournand, Michael Meyer, From Roots to Late Budding: The Intellectual Adventures of a Medical Scientist, Gardner Press, 1986
  19. André Cournand, « Prospective philosophy and methods » : some reflections on their preliminary application to medical education, Futures, vol. 3, issue 4, 1971
  20. Pierre Massé, « Attitudes towards the future and their influence on the présent », Futures, vol. 4, issue 1, 1972
  21. Bertrand de Jouvenel, « L’art de la conjecture politique », La Table Ronde, Sépal, 1962
  22. Bertrand de Jouvenel, L’art de la conjecture, Éditions du Rocher, 1964 ; 2ème édition, Sédéis, 1972 ; The Art of Conjecture, New York : Basic Books, 1967
  23. Pierre Wack, « Scenarios : uncharted waters ahead », Harvard Business Review, September-October 1985
  24. Pierre Wack, « Scenarios : shooting the rapids », Harvard Business Review, November-December 1985
  25. Art Kleiner, The Age of Heretics. Heroes, Outlaws, And The Forerunners Of Corporate Change, Currency Doubleday, New York, 1996
  26. George Burt,  George  Wright,  « ‘Seeing’  for  organisational    foresight », Futures, 38, 2006
  27. George Burt,  « Pre-determined  elements  in  the  business environment: Reflecting on the legacy of Pierre Wack », Futures, 38, 2006
  28. Joël de Rosnay, Le Macroscope. Vers une vision globale, Seuil, 1975 ; The Macroscope : A New World Scientific System, New York : Harper & Row Publishers, 1979