Ruptures et gouvernance: un futur gouvernable? Des entreprises à la planète…

19 juin 2024 – Forum 104
104 rue de Vaugirard, 75006 Paris

Le mot « gouvernance » vient de gouvernail — la pièce située à l’arrière du bateau qui permet de le conduire. La gouvernance, de façon générale, est un concept représentant la manière dont un domaine d’activités est gouverné. C’est donc un ensemble de décisions, de règles, de contrôles et de pratiques visant à assurer le bon fonctionnement d’une entité organisationnelle. Jusqu’il y a encore quelques décennies, le terme concernait principalement l’État et l’action publique. Il a été étendu depuis à d’autres niveaux : l’entreprise, le territoire, la « communauté mondiale » (et ses composantes)… Ces entités ont joué un rôle de plus en plus important au côté de l’État-nation pour la conduite des sociétés humaines.

Face aux ruptures de toute nature qui ont marqué notre époque – écologique, géopolitique, technologique, économique, sociale, sociétale –, ces instances ont été confrontées à des problématiques singulières et ont dû répondre à de nouvelles questions de gouvernance :

  • L’entreprise, moteur, par nature, des activités économiques, a dû prendre en compte de nouvelles demandes écologiques et éthiques, faire face à la transition numérique, gérer le renouvellement des ressources humaines… tout en assurant sa pérennité ;
  • Le territoire, lieu de vie par excellence, a dû faire preuve d’adaptabilité, donc d’une forme d’autonomie, face aux impératifs des transitions écologique et sociétale, en cohérence avec la société civile, tout en redéfinissant ses rapports avec l’état central ;
  • La communauté mondiale, composée d’innombrables acteurs, a dû relever les enjeux du changement climatique, des conflits qui ont éclaté ici et là, du basculement géopolitique avec le recul de l’Occident et la montée du « Sud Global », et où l’Europe a dû défendre ses intérêts et promouvoir ses valeurs ;
  • Comprendre mieux les questions de gouvernance posées à ces niveaux et les limites des réponses qui y ont été apportées, il a été pertinent de reconsidérer l’État-nation pour en discerner les missions incontournables et les conditions dans lesquelles il peut et doit les remplir. On a ainsi tenté d’éclairer l’avenir de l’État-nation et de sa gouvernance dans une vision prospective.

Face aux défis et aux ruptures qui se sont profilés, comment ont évolué ces modes de gouvernance multi-niveaux et pluri-acteurs dans les décennies passées ? Pourquoi et comment se sont-ils transformés ? Comment construire des stratégies et des politiques, fondements de la Gouvernance dans un contexte profondément instable et incertain ? Quels moyens, quelles organisations mettre à disposition de ces nouvelles gouvernances à établir ?

Telles sont les questions qui ont été abordées au Printemps de la prospective de la SFdP, tirant parti de divers projets développés en son sein et cherchant à les prolonger. L’événement a été organisé en quatre sessions plénières autour de tables-rondes. Chacune des tables rondes a réuni 3 intervenants, s’est appuyée sur des travaux en cours à la SFdP et a été animée par les responsables de ces travaux.

Programme

9h30 – 10h00

Accueil des participants

Café d’accueil.

10h00 – 10h15

Ouverture du colloque

Christine Afriat, Vice-Présidente de la Société Française de Prospective

10h15 – 11h30

L’entreprise, prise entre plusieurs légitimités conflictuelles : une gouvernance à réinventer

Session animée par Jean-Eric Aubert

Dans la société contemporaine, l’entreprise n’a plus droit à son splendide isolement. Gagner de l’argent et servir ses clients ne suffit plus à assurer sa légitimité. La société lui demande de s’engager dans la transition environnementale, et de prendre en charge divers engagements sociétaux : inclusion, diversité, égalité hommes-femmes, missions et raisons d’être. L’enterprise se trouve alors prise dans un conflit de plusieurs légitimités et doit réinventer sa gouvernance de manière à conserver l’engagement de ses financeurs ou de ses salariés. Cette table-ronde tentera de répondre aux questions suivantes. Comment l’entreprise peut-elle intégrer de nouvelles finalités ? Comment peut-elle arbitrer les conflits de priorités et de légitimités entre ces finalités ? De quels leviers peut-elle jouer pour faire de cette contrainte une opportunité ?

Dominique Bailly, Président d’Human & Co

Marie-Hélène Caillol, Présidente du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique 

11h30 – 12h45

Gouvernance et innovations dans les territoires en transition écologique et sociétale

Session animée par Henri Jacot

Face aux ruptures prévalentes de toute nature, les territoires sont en première ligne comme lieux concrets où se matérialisent les interdépendances entre tous les facteurs de crise et où dans le même temps se manifestent de très nombreuses initiatives pour tenter d’en sortir. Cette table ronde visera ainsi à mettre les enjeux et modalités de gouvernance au cœur de l’analyse et de l’action en vue de la transformation systémique qui s’impose.

Denis Dhyvert, Président du CEDITER, administrateur de la Société Française de Prospective

Céline Crosnier, Coorganisatrice du Parcours Ouest de la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC)

Henri Fraisse, Président cofondateur de l’association FIDAREC

12h45 – 14h00

Repas autour d’un buffet

14h00 – 15h15

Quelle Gouvernance dans un monde à géométrie variable ?

Session animée par Philippe Clerc

Cette table-ronde s’interrogera sur la Gouvernance à venir dans un monde à géométrie variable confronté à l’imprévisibilité et à une conflictualité augmentée ? L’avenir de la gouvernance au sein de la communauté mondiale et de sa pluralité d’acteurs sera t’il dessiné par le multilatéralisme d’intérêt et une fragmentation accrue du monde ou selon un sursaut des peuples mobilisés pour une planète devenue communauté de destin ?

Emmanuel Dupuy, Président de l’institut prospective et Sécurité en Europe

Pierre-Jean Gire, Ambassadeur de la Fondation Pontificale

Tsiporah Fried, Conseillère Stratégie et Innovation auprès du Major Général des Armées

15h15 – 15h30

Pause

15h30 – 16h45

Quel avenir pour l’Etat-Nation ?

Session animée par Alain Petitjean

Quel avenir pour l’Etat-nation quand les entreprises, multinationales notamment, influencent de plus en plus l’évolution des sociétés et prennent de plus en plus en charge des fonctions de protection sociale de leurs employés ?   Quand les régions sont conduites à prendre de plus en plus d’autonomie pour assurer leur résilience face aux changement climatiques et ses conséquences ? Quand les nations sont de plus en plus intégrées dans des unions ou alliances pour faire face aux défis géopolitiques.

Yannick Blanc, Président de Futuribles International

Françoise Roure, Présidente de la commission d’éthique et déontologie de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire

16h45-17h00

Conclusion du Colloque par Jean-Eric Aubert, Président de la Société Française de Prospective

Présentation des intervenants

Christine AFRIAT

Christine AFRIAT, docteur en sciences économiques, est spécialiste de la prospective, de l’évolution des métiers et des compétences et auteur de plusieurs ouvrages sur ces thèmes. Après avoir été responsable de la prospective sociale et territoriale au Centre d’études et de prospective dirigé par Thierry Gaudin du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, elle a rejoint le Commissariat général du Plan pour animer le groupe interministériel « Prospective des métiers et des qualifications ». Elle a été chef de la mission « Analyse des relations sociales » à la Direction générale des ressources humaines du ministère de l’Éducation nationale et du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Elle est membre du réseau Emploi Compétences piloté par France Stratégie. Elle est expert pour la France dans le réseau européen des administrations publiques (EUPAN) des 27 Etats membres de l’Union européenne. Elle est vice-présidente de la Société Française de Prospective (SFdP) et anime sa commission « Prospective des organisations ». Elle a coordonné l’ouvrage La Grande Transition de l’Humanité, paru en novembre 2018 aux éditions FYP.

Aubert Jean-Eric, Président

Jean-Eric Aubert, docteur en mathématiques appliquées et Diplômé d’études supérieures en sciences économiques, Jean-Eric AUBERT est président de la Société Française de Prospective, et président de la Fondation 2100. Il a eu une carrière de fonctionnaire international au sein de l’OCDE (1973-2000) et de la Banque mondiale (2000-2009). Il est depuis une dizaine d’années consultant auprès de diverses organisations internationales. Spécialiste des politiques scientifiques et technologiques et des stratégies de développement, il a travaillé comme conseil et évaluateur auprès des gouvernements dans plus de cinquante pays de tout niveau de développement. Il porte une attention particulière aux aspects culturels qui influencent les capacités d’innovation des sociétés, et a publié récemment « Cultures et systèmes d’innovation » (Presses des Mines, 2017), un ouvrage dans lequel il restitue son expérience de terrain.

Dominique Bailly, fondateur du centre de conseil et de prospective Human & Co éclaire les dirigeants sur les transformations qui impactent les organisations. Ayant exercé sa carrière dans la haute technologie, le conseil international et le secteur public, il a participé à transformation de La Poste en tant que conseiller du directeur général du Groupe. Il intervient dans des projets du secteur de de l’économie sociale et solidaire et exerce diverses responsabilités à la tête d’organismes au service de l’intérêt général.  

Marie-Hélène Caillol, sociologue et linguiste de formation, est co-inventeur de la méthode d’anticipation politique. Après un long parcours d’engagement pour la « démocratisation européenne », elle préside depuis 2005 le Laboratoire européen d’Anticipation Politique. De 2012 à 2022, elle a dirigé la publication, GlobalEurope Anticipation Bulletin qui élabore et teste chaque mois des anticipations relatives à la thématique générale de la « crise systémique globale ». Depuis 2017, elle conçoit et anime des projets d' »acculturation à l’avenir » dans le cadre de la communauté apprenante (enseignants, étudiants, entreprises partenaires) de la business school parisienne INSEEC. Elle a récemment développé les concepts d' »intelligence collective de l’avenir » et de « real-futur » qui s’inscrivent dans la ligne droite des fondamentaux posés par l’anticipation politique. Elle est l’auteur d’articles sur ces sujets ainsi que du Manuel d’Anticipation Politique (Anticipolis, 2009).

Henri Jacot, est professeur honoraire en sciences économique de l’Université Lyon 2, spécialiste en économie de l’industrie, du travail et de l’innovation. Ancien élu à la Ville de Lyon puis à la Région Rhône-Alpes, membre du Conseil de Développement de la Métropole de Lyon depuis 2011, il connait bien le monde des collectivités locales et préside le Comité d’évaluation du Centre National de la Fonction Publique Territoriale (CNFPT).  Il est membre de la Société Française de l’Évaluation (SFE) depuis 2006 et de la Société de Prospective (SFdP) depuis 2019

Denis Dhyvert, ingénieur de formation, a travaillé pendant 11 ans dans une entreprise de travaux publics avant d’intégrer une CCI. Au sein de celle-ci, il a animé pendant 10 ans des équipes de conseil en stratégie, en intelligence économique et en innovation, ainsi qu’en création ou reprise d’entreprise. En 2001, au sein de la même entité, il prend la responsabilité des activités d’études et de prospective économique. Parallèlement, en 1998, il rejoint le corps enseignant de l’Université de Paris-Est Créteil sur la thématique du développement territorial, ce qui l’a conduit à être membre fondateur du CEDITER. Il est également administrateur de la SFdP et membre du Conseil scientifique du R2IP.

Henri Fraisse, ingénieur, il a passé plus de 35 ans dans l’industrie où il a piloté de nombreux projets de développement ou unités de production en France et à l’international. Comme directeur développement Durable d’un groupe du CAC40, il a été à l’origine de nombreux outils/méthodes ou d’organisations (Chaire internationale d’Analyse du Cycle vie, Laboratoire de la Mobilité inclusive). Il se consacre aujourd’hui au développement des territoires, pro-actif dans la mise en œuvre opérationnelles des ODD. Il contribue ou anime différents GT du Comité 21, Orée, la Fonda, Convergences, labo ESS, Social Value France. Il est membre de la Société française de prospective depuis 2021 et de la Société française d’évaluation depuis 2022.

Céline Crosnier, après une première partie de vie professionnelle dans le secteur de la finance et de l’assurance, s’est engagée dans l’accompagnement de la redirection écologique des entreprises et des collectivités locales. Elle est co-organisatrice de la CEC (Convention des Entreprises pour le Climat) dans l’Ouest. La CEC est une association d’intérêt général dont la vocation est d’organiser des parcours de prise de conscience et de transformation pour les décideurs économiques. A l’Ouest, pour les régions Bretagne et Pays de la Loire, le parcours rassemble 65 organisations, entreprises, associations et collectivités, et a pour objectif d’accélérer la bascule du monde économique vers l’économie régénérative et de développer les coopérations sur le territoire.

Philippe Clerc, ancien élève du collège d’Europe (Bruges), de l’université de Paris Dauphine (DEA Sciences politiques), de l’université de Nanterre (droit), de l’université de Grenoble (IEP et langues – anglais, allemand), il a été conseiller expert pour les études et la prospective à la CCI France. Il préside également l’Académie de l’intelligence économique et l’Association internationale francophone d’intelligence économique. A ces titres, il est l’un des chefs de projet de la proposition de chaires littéracie du futur de l’Unesco au sein de l’Université de Corse. Il est administrateur de la SFdP.

Pierre-Jean Gire, ambassadeur de la Fondation Pontificale et interlocuteur privilégié du Sant Siège aux affaires réservées. C’est un praticien du multilatéralisme avec un sens aigüe des acteras impliqués, de leur influence et des enjeux. Il vient d’intégrer le club diplomatique de Genève.

Tsiporah Fried, ancienne élève de l’école nationale d’administration (promotion LSSenghor), diplômée de l’Institut d’études politiques de Strasbourg, est conseiller prospective et stratégie auprès chef d’état-major des armées et du major général des armées (MGA). Assurant le pilotage et le développement de divers projets (intelligence artificielle, wargaming, etc), elle participe activement à l’organisation de l’écosystème de la prospective de défense et celui de l’innovation de défense. Impliquée dans le domaine des relations internationales, elle a récemment monté un projet de coopération avec l’Italie et l’OTAN sur le wargaming et pilote pour le MGA, le dialogue stratégique FR/US.

Emmanuel Dupuy, est Président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE). Il est Délégué général du parti Les Centristes, en charge des Relations Internationales. Il enseigne la géopolitique et les questions de sécurité au sein de la Faculté catholique de Lille et de l’Institut Supérieur de Gestion (ISG Paris & ISG Strasbourg) ainsi qu’au sein de la South Champagne Business School (SBCS, Troyes). Il est spécialiste des questions de sécurité et de défense.

Alain Petitjean, diplômé d’HEC, dirige le Centre d’études et de prospective du Groupe ALPHA. Il a précédemment dirigé Les Échos Études (études sectorielles), SODIE (reclassement de personnels et revitalisation de territoires) et SEMAPHORES (conseil aux acteurs publics). Il est spécialiste d’économie industrielle et d’analyse financière et stratégique. Il a dirigé différents travaux de prospectives sectorielles (banque, luxe, métallurgie, aéronautique) ou territoriales (Régions Grand Est, Languedoc-Roussillon, Pays d’Arles, Mulhouse…). Sa dernière publication est une étude sur le Coût du capital de 2008 à 2017. Il anime le groupe de travail « Prospective de l’entreprise » de la SFdP.

Yannick Blanc, ancien haut-fonctionnaire au ministère de l’intérieur, il a été l’un des fondateurs de la Société française de prospective. Il est président de l’association Futuribles International. Engagé à titre personnel dans le champ de la prospective et de l’innovation sociale, il a présidé de 2012 à 2018 la Fonda. C’est à ce titre qu’il participe en 2014 à la création de l’ADASI (Association pour le Développement de l’Accompagnement à la Stratégie et à l’Innovation de l’Intérêt général) et en 2019 à celle de l’Institut français du monde associatif, plateforme de financement et d’animation de la recherche sur le fait associatif, organismes dont il est actuellement le président.  Il a publié Après le Léviathan, l’État dans la grande transition, la Fonda éditions, 2016 et contribue régulièrement à la revue Futuribles.

Françoise Roure, docteur d’Etat ès sciences économiques est spécialisée en économie industrielle et internationale. Elle a ensuite contribué aux   dialogues internationaux intergouvernementaux relatifs aux innovations responsables du domaine des technologies émergentes et convergentes (nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l’information et neurotechnologies), auprès de la Commission européenne, à l’OCDE. Elle préside actuellement la commission d’éthique et de déontologie de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire et est membre du comité de la charte française pour le développement responsable des neurotechnologies, piloté par le ministère chargé de la recherche. Elle pratique l’approche prospective depuis 35 ans et est membre du comité de la Fondation 2100 hébergée par le CNRS.